Les pollutions sociales

Noam Chomsky disait: ” La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature.” 

Nous pourrions aussi utiliser le terme d’ingénierie sociale ou de la  fabrication du consentement.

Le terme d’ingénierie sociale recouvre un concept assez large mais qui peut se référer à :

  1. Ingénierie sociale (sciences sociales), une pratique d’action sociale visant à faire évoluer les formes d’action individuelle et collective dans une approche coopérative, démocratique et participative ;
  2. Ingénierie sociale (science politique), une pratique visant à modifier à grande échelle certains comportements de groupes sociaux ;
  3. Ingénierie sociale (sécurité de l’information), une pratique visant à obtenir par manipulation mentale une information confidentielle ;
  4. Ingénierie sociale (psychologie), une pratique utilisant des techniques de manipulation psychologique afin d’aider ou nuire à autrui.

Ce concept a été théorisé principalement par Edward Bernays le neveu de Freud et auteur du livre : “Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie” publié en en 1928.

Edward Bernays et celui qui inventa littéralement le marketing et qui fit ses premières œuvres en conseillant aux industries du tabac de convaincre les femmes de fumer.

Il utilisa les luttes féministes pour joindre la cigarette à l’émancipation de la femme ce qui fit exploser la consommation de tabac, un grand homme.

C’est l’industrie culturelle comme le cinéma ou la radio qui vont permettre à la machine fordienne de fonctionner car même en augmentant les salaires, il fallait pousser les individus à acheter ce qui était produit pour garantir la pérennité du modèle économique d’après guerre.  

Le marketing fut un élément essentiel de ce contrôle du désir des masses.

La production standardisée nécessitait donc  une standardisation des désirs que seul ce marketing pouvait produire.

C’est ce processus qui aujourd’hui s’épuise selon Stiegler et c’est ce déclin qui est le plus dangereux pour la mécanique capitaliste.

En effet sans consommation de masse la surproduction est garantie, sans renouvellement de la demande la mécanique se casse.

Autre problème l’homme pulsionnel est un mauvais producteur, à force de vouloir produire des consommateurs compulsif le capitalisme nuit à sa propre reproduction en détruisant la production d’homme capable de produire.

Pour Stiegler l’avenir sera celui d’un changement fondamental entre la production et la consommation, d’une révolution dans laquelle chacun sera producteur et consommateur à la fois…

Dans son ouvrage La Société Toxique, Pryska Ducoeurjoly souligne à juste titre que:

« nous sommes en permanence bombardés d’informations pathogènes qui, ajoutées à la toxicité de notre environnement et de nos camisoles chimiques, diminuent considérablement notre libre-arbitre. Pris dans les filets de la pensée unique, il est bien difficile pour le citoyen d’imaginer un monde meilleur, un univers des possibles, une place à la fois pour la générosité et pour la liberté, où l’individualisme rejoindrait l’altruisme… ».

Elle poursuit un peu plus loin : 

« Dans cet enfer sociétal pavé de bonnes intentions, il est vital pour chaque citoyen de retrouver le chemin qui mène à “un esprit sain dans un corps sain”. Pour cela, il lui faut prendre à contresens les routes du prêt-à-penser de la société toxique. Si chacun s’y met, le corps social pourra enfin évoluer. »

Dans notre société industrialisée, nous sommes tous d’accord pour dire que notre cerveau est continuellement matraqué par des informations. 

Il existe énormément de pollutions informationnelles pour notre esprit qui passent aujourd’hui principalement par les écrans, cela va des discours politiques aux publicités qui nous matraquent à longueur de journée sans oublier les jeux vidéo qui abrutissent le cerveau.

A l’heure d’internet et des réseaux sociaux, nous vivons pratiquement continuellement dans un monde virtuel ou les écrans sont omniprésents. Des écrans publicitaires à celui des Smartphones, sans oublier les ordinateurs ou les tablettes qui sont des moyens supplémentaires pour colporter des médisances, des fakes news, des images hyper sexuées, des sordides histoires ou images.

Des gens n’ayant aucune compétence et autorité peuvent ainsi, grâce à la technologie s’exprimer sur tous les sujets, ils s’improvisent journalistes avec leur Smartphone et rependent leurs vidéos sur les réseaux ce qui fait que nous sommes submergé par des informations où l’on peut entendre tout et sont contraire.

Plus nous recherchons une information et plus une masse d’informations plus contradictoires les une des autres viennent à nous et plus notre désirs de trouver l’information juste grandi ce qui nous conduit inévitablement à une intoxication d’informations et paradoxalement à une dépendance à l’information.

Que dire aussi de cette calamité que sont les réseaux sociaux, qui font naitre en chacun de nous une auto-narcissisation et nous plonge dans une course effrénée aux amis virtuels, aux « followers », aux « likes ».

Les réseaux sociaux sont l’exact reflet de la société, avec la promiscuité que permet la vitesse de communication des mots et des idées, ce qui en fait un magma déconnecté du réel.

De plus en plus de personnes voient le monde à travers l’écran de leur téléphone pour le partager sur les réseaux.

Que ce soi en pleine nature, dans un concert ou en famille, au lieu de vivre pleinement cet instant dans l’instant présent, dans la sincérité, l’émotion voir l’émerveillement, notre esprit n’a plus qu’un désir, filmer pour partager et ainsi satisfaire notre besoin de reconnaissance, de stimulations et d’auto-admiration.

C’est à ces fins,  le selfie a été inventé au détriment de notre capacité d’émerveillement devant le réel qui est infiniment plus riche que tout ce que nous pouvons voir à travers nos écrans.

Il n’est pas question ici de porter un jugement sur la technologie, sur les progrès de la société car là n’est pas le problème.

La démarche est de comprendre comment cette technologie influence nos vies, comment elle nous rend dépendant, comment elle nous coupe de la réalité et comment elle est devenue un outil de propagande, d’endoctrinement, de contrôle au service des puissances financiers et politiques dans le seul but de nous asservir et nous contrôler.

Souvenez-vous : Panem et circenses (littéralement « pain et jeux du cirque », souvent traduite par « Du pain et des jeux ») est une expression latine utilisée dans la Rome par le poète Juvénal entre l’an 90 et 127. 

On comprendra bien que ce qui nous intéresse ici, n’est pas tellement les faits historiques mais bien plus la façon dont des éléments d’histoire peuvent servir la compréhension de notre époque.

La question que nous devrions tous nous poser, c’est de savoir si nous vivons réellement notre vie, pas celle que la société nous impose, pas celle calquée sur celle des autres à travers des écrans interposé, mais celle qui raisonne au fond de notre cœur, celle que notre conscience nous dicte, celle qui est le fruit d’une réelle réflexion d’un esprit libre.