Extrait de L’Appel de l’Être (Vidéo)

De Ramesh  Balsekar

Il y a un jour de l’année que l’on appelle le Jour de Divali, la fête de la lumière, qui est célébré dans toute l’Inde. Cette fête de la lumière est censée signifier la victoire du vrai sur le faux, du bien sur le mal, la victoire de Rama sur Ravana.

En règle générale, chez Maharaj, c’était le jour où l’on nettoyait sa maison, une sorte de grand nettoyage de printemps, il n’y avait pas d’entretien ce jour-là. Il en a été ainsi en 1978, l’année où j’ai commencé à aller écouter Maharaj.

L’année suivante, la veille de Divali, quand on annonça qu’il n’y aurait pas d’entretien le lendemain, l’un de mes camarades proposa, si Maharaj en était d’accord que l’entretien se déroule chez lui. Il habitait à deux pas de chez Maharaj et la plupart des auditeurs connaissaient sa maison. C’est ainsi que le lendemain, l’entretien eut lieu chez ce camarade, qui se trouvait être l’un des traducteurs de Maharaj. Comme il devait s’occuper de recevoir les personnes qui se présentaient, il me demanda si je ne voulais pas le remplacer. J’acceptai.

A l’instant même où Maharaj commença à parler, il se produisit quelque chose de très particulier. Sa voix semblait me parvenir de loin, mais elle était très, très claire. En fait plus nette que d’habitude. Maharaj avait perdu toutes ses dents, et il me fallait toujours un certain temps pour m’habituer à son élocution. Mais ce matin-là, sa voix semblait venir de loin, et pourtant elle était bien plus distincte qu’elle ne l’avait jamais été, ne me demandant absolument aucune concentration. Puis je m’aperçus que la traduction venait si spontanément qu’en fait, il n’y avait aucune traduction de ma part, je n’étais que le témoin de cette traduction qui avait lieu. C’était comme si Maharaj traduisait en anglais, et que j’étais juste assis là, en simple spectateur.

A la fin de l’entretien, je me sentis tout à coup très mal. Je ne savais pas ce qu’il se passait et le corps avait exprimé une réaction, pour la simple raison qu’il n’était pas habitué à cette expérience. Un peu plus tard, mon camarade me dit : « Ramesh, tu avais une forme éblouissante aujourd’hui !

— Ah ! oui ? Vraiment ?

— Tu parlais plus fort qu’à l’accoutumée, avec autorité, et tu faisais des gestes que je ne t’avais encore jamais vu faire. »

Je me suis contenté d’enregistrer ses propos. Ceux-ci confirmaient que quelque chose s’était produit. Mais ce quelque chose qui s’était produit, était un changement intérieur complet, un changement total. Extérieurement, je ne pouvais percevoir qu’une seule différence : mon corps ressentait comme une absence de poids. C’était une sensation très particulière. Je ne pouvais pas lui donner de nom et je pense que cela a pu être observer pendant un jour ou deux avant de s’estomper. Mais si vous me demandez comment et quand c’est arrivé, voilà comment et quand c’est arrivé. Comme je vous l’ai déjà dit, cela a été un événement très calme – soudain, bien sûr, on ne saurait imaginer plus soudain… totalement inattendu… totalement spontané.

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Je crois que la meilleure explication de la valeur des concepts est celle qu’en a donné Ramana Maharshi : un concept n’est utile que tant que vous l’utilisez comme vous le feriez d’une épine pour extraire une autre épine enfoncée dans votre pied. Quand vous avez retirée l’épine de votre pied, vous jetez les deux épines. Voilà tout ce à quoi un concept est bon : expulser un autre concept qui fait obstruction.

Quand survient la vraie compréhension, on jette ces mots et ces concepts. Si vous vous accrochez à eux, ces mots et ces concepts deviennent comme un cancer. Ils vous rongent les entrailles.

Nous sommes donc censé extraire ce que vous dites, sans nous accrocher aux détails ?

Absolument ! Très souvent les gens qui viennent me voir à Bombay me disent au moment de partir, après une heure ou deux d’entretien : « j’ai compris, j’ai vraiment compris. Et une fois que je serai loin d’ici, que dois-je faire ?  Voici ma réponse : « C’est très simple. Ne pensez plus à ce que vous avez entendu ici. Surtout ne pensez pas à ce que vous pensée avoir compris. Et alors cette compréhension aura une chance de fleurir..

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Le jnanin est-il vertueux?

La vertu est le vivre non conscient de lui-même, le vivre du sage, sa totale spontanéité à traiter les questions sociales et pratiques. Voici ce que dit Lao-tseu à ce propos : La vertu suprême n’est pas délibérément vertueuse, et ainsi est-ce de la vertu. La vertu mineure pense sans cesse à être vertueuse, et ainsi ce n’est pas de la vertu. La vertu suprême est sans effort, mais rien n’est laissé inachevé. La vertu mineure agit en force, mais n’accomplit rien.

L’homme ordinaire veut être vertueux, il être reconnu comme quelqu’un de vertueux. Lao-tseu dirait que cela n’est pas de la vertu. L’homme naturellement vertueux vaque à ses occupations, et les choses qui se produisent par non intermédiaire sont vertueuses car il n’existe aucune intention personnelle. Il ne veut rien de personnel, de personne. La vie courageuses, naturelle, repose sur un sentiment inhérent, alors que la vertu artificielle s’appuie sur l’adhésion à certaines règles de conduites. Cette adhésion artificielle aux règles s’accompagne inéluctablement de la peur et de la culpabilité de mal interpréter telle ou telle circonstance. La vertu et le naturel sans prétention du sage passent souvent inaperçus – ils sont tellement ordinaires…

Peut être est-ce parc qu’il y a là une sorte d’anonymat spirituel, qui fonction e comme la coloration naturelle et fortuite d’un oiseau ou d’un animal. Voici une autre citation de Lao-tseu: « la plus grande perfection semble imparfaite, pourtant elle ne s’altèrera jamais. La plus grande plénitude semble vide, pourtant elle est inépuisable. La plus grande rectitude semble perverse. La plus grande dextérité semble gauche. La plus grande éloquence semble un bégaiement ».

La vertu et le naturel sans prétention du sage ne sont pas un effacement de soi délibéré, ni un châtiment masochiste que l’on s’inflige. Ce ne sont pas non plus une humilité feinte en présence de quelque chose qui nous dépasse. Au travail, il est étonnant de voir combien un homme peut se montrer humble devant ses supérieur, et arrogant face à ses subordonnés. L’humilité est souvent comme un manteau, tour à tour porté et enlevé. Dans le cas du vivre simple, spontané, l’humilité fait partie de cette façon de vivre. L’homme véritablement vertueux n’ a pas à se demander s’il doit se montrer humble ou non. Cela ressemble davantage au sens pratique naturel du chat .

Le sage a pleine conscience des artifices du monde des hommes.

Extrait de L’Appel de l’Être.
Site officiel : Ramesh Balsekar