La pensée positive crée de la pensée négative

La pensée positive, un attrape-nigaud ?

L’injonction au bonheur et à la pensée positive fleurit sur les rayons de nos librairies et les posts des réseaux sociaux.

Un des moyens privilégiés d’y parvenir serait, selon Sonja Lyubomirsky, professeure à l’université de Californie et auteure de l’ouvrage « Comment être heureux…et le rester » (Flammarion, 2008), la pratique de la gratitude. Cet exercice consiste à écrire, chaque jour, une liste de choses positives qui nous sont arrivées dans la journée, afin de se concentrer sur ce qu’il y a de positif dans nos vies et d’atteindre, à terme, le bonheur. Pourtant, il se pourrait bien que cette pratique ne soit pas aussi efficace qu’elle n’y paraît.

Prenons l’exemple de Caroline. Caroline a un emploi bien rémunéré, un mari et deux enfants qu’elle aime, des amis, et pourtant, elle s’ennuie. Une de ses collègues, adepte du développement personnel, lui conseille de tenir un journal de gratitude.

L’idée ? Ecrire chaque jour trois choses positives pour lesquelles Caroline serait reconnaissante. Caroline, enthousiaste, se prête au jeu. Cela donne : « merci d’avoir un mari, deux beaux enfants, une maison », ou « merci d’être en bonne santé, d’avoir un travail, de pouvoir payer mes factures », etc. Pourtant, au bout de deux semaines, cet exercice commence à ennuyer Caroline. Elle n’en voit plus le sens, si bien qu’elle finit par l’abandonner. Puis, une nuit, Caroline fait un terrible cauchemar : elle conduit sur l’autoroute, ses deux enfants à l’arrière. Elle rencontre alors une voiture qui roule en sens contraire…C’est le choc, le trou noir. Caroline se réveille, le coeur battant. Elle met quelques secondes à se rendre compte que cette histoire n’était qu’un cauchemar, et que ses enfants sont bien vivants et dorment tranquillement dans la chambre à côté. Elle se sent terriblement soulagée. Le matin, au petit-déjeuner, elle savoure ce moment en famille, qui lui rappelle à quel point elle tient à sa petite tribu dont elle est si reconnaissante.

Un constat s’impose : c’est la pensée négative qui a redonné de l’enthousiasme à Caroline, et non la pensée positive. Pourquoi ? Parce que le cerveau se concentre sur les stimuli nouveaux, pas sur ce qui est routinier. Or, si l’exercice de la gratitude est répété chaque jour, il devient lui aussi routinier ; c’est ce que les psychologues nomment l’adaptation hédonique, soit l’habituation au plaisir. Alors que si on imagine le pire, le stimulus ne se fait pas attendre et provoque d’emblée une montée d’angoisse ! Deux psychologues, Daniel Gilbert et Timothy Wilson ont d’ailleurs montré grâce à des expériences que cette méthode de pensée négative était plus efficace que l’exercice répété de la gratitude.

NOUS AVONS TOUS DÉJÀ CE QU’IL FAUT POUR ÊTRE LES PLUS HEUREUX DU MONDE. IL NOUS RESTE SIMPLEMENT À NOUS EN SOUVENIR EN PERMANENCE.

Hal Elrod
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Continuons le sujet par ce merveilleux petit texte :

La pensée positive est la version psychologique de la chirurgie plastique pour le corps.
Elle ne fonctionne pas.
La pensée positive est en réalité une pensée qui est complètement obsédée par la négativité, centrée sur la négativité, en guerre contre la négativité, ce qui est très négatif, quand on y pense.
La pensée positive masque simplement des défauts, des imperfections, des bizarreries, des singularités, recouvrant l’aspect «sombre» de l’expérience sans jamais réellement s’en occuper, lui faire face, l’embrasser, le guérir, l’aimer.
Nous nous sentons peut-être mieux temporairement, mais il n’y a pas de véritables sources extérieures de bonheur.
Le mental dualiste sépare le positif du négatif, la lumière de l’ombre, puis tente de guérir cette blessure qu’il a lui-même créée avec plus de division, plus de guerre. Mais peu importe combien de chirurgie plastique physique ou mentale vous subissez, vous finissez toujours par vous sentir incomplet et loin du Foyer.
La guerre ne peut mettre fin à la guerre. L’obscurité ne peut mettre fin à l’obscurité. La lumière est le pouvoir.
Et si vous n’étiez pas du tout le mental ? Et si les aspects positifs et négatifs étaient tous autorisés à aller et venir dans l’immensité que vous êtes, comme des nuages dans le ciel, comme des vagues dans l’océan ? Et si aucune chirurgie plastique, aucun «corps parfait», ou «mental parfait», ne pouvaient jamais vous conduire à votre propre nature, qui brille déjà au sein de l’imperfection apparente ?
La pensée positive crée de la pensée négative.
C’est la seule chose à propos de laquelle on puisse être positif.

JEFF FOSTER
lifewithoutacentre.com

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La psychologie positive ne consiste pas à « positiver »

Excellent article écrit par Matthieu Ricard le 27 novembre 2014.

Contrairement à ce qui a souvent été dit et écrit, la psychologie positive ne consiste pas à « positiver » en essayant de voir la pauvreté, la maladie, la violence et autres souffrances sous un jour plaisant.

Il s’agit encore moins de la « pensée positive » promue par des ouvrages populaires dénués de tout fondement scientifique, comme Le secret de Rhonda Byrne qui proclame qu’il suffit de souhaiter fortement quelque chose de « positif » pour que cela se produise. Il est clair que l’Univers n’est pas à la disposition de notre psychisme et ne constitue pas un catalogue sur lequel nous pourrions commander tout ce qui est censé satisfaire nos désirs et nos caprices.

La psychologie positive, pour sa part, est un domaine de recherche scientifique qui s’est donné pour but d’étudier et de renforcer les émotions positives, celles qui nous permettent de devenir de meilleurs êtres humains, tout en éprouvant une plus grande joie de vivre.

Jusqu’aux années 1980, très peu de chercheurs s’étaient penchés sur les moyens permettant de développer les traits positifs de notre tempérament. Si l’on consulte le répertoire des livres et articles consacrés à la psychologie depuis 1887 (Psychological Abstracts), on y relève 136 728 titres mentionnant la colère, l’anxiété ou la dépression contre seulement 9 510 titres traitant de la joie, la satisfaction ou le bonheur !

En 1954, le fameux psychologue Abraham Maslow avait déjà fait remarquer que la psychologie avait connu beaucoup plus de succès en étudiant l’aspect négatif de l’esprit humain que son aspect positif : « La psychologie nous a révélé beaucoup sur les défauts de l’homme, ses pathologies et ses péchés, mais fort peu sur ses potentialités, ses vertus, la possibilité d’accomplir ses aspirations, et tout ce qui relève de son élévation psychologique. C’est comme si la psychologie s’était volontairement limitée à une seule moitié de son domaine de compétence — la moitié la plus sombre et la plus pernicieuse. » (1)

En 1969, Norman Bradburn réajusta ce déséquilibre en montrant que les affects plaisants et déplaisants ne représentent pas seulement des contraires, mais procèdent de mécanismes différents et doivent donc être étudiés séparément. Se contenter d’éliminer la tristesse et l’anxiété n’assure pas automatiquement la joie et le bonheur. La suppression d’une douleur ne conduit pas nécessairement au plaisir. Il est donc nécessaire non seulement de remédier aux émotions négatives, mais aussi d’accroître les émotions positives. Cette position rejoint celle du bouddhisme qui affirme, par exemple, que s’abstenir de faire du tort aux autres (l’élimination de la malveillance) ne suffit pas, et que cette abstention doit être renforcée par une détermination à faire leur bien (l’épanouissement de l’altruisme et sa mise en œuvre).

Si l’expression « psychologie positive » avait déjà été utilisée par Maslow et autres auteurs, le premier article théorique qui donna ses lettres de noblesse à ce domaine de recherche s’intitulait : « What good are positive emotions ? » (Qu’est-ce que les émotions positives ont de bon ?) publié par Barbara Fredrickson en 1998 dans la Review of General Psychology.

La même année, un groupe de psychologues s’est réuni sous l’égide de Martin Seligman, alors président de l’Association américaine de psychologie, et de Mihaly Csíkszentmihályi, bien connu notamment pour sa théorie du « flux » (l’expérience gratifiante d’être totalement immergé dans ce que l’on fait, état dans lequel les pensées et les actions s’enchaînent naturellement avec fluidité) pour fonder le Réseau de psychologie positive. Ce groupe s’était donné pour but de coordonner les recherches qui tentent de comprendre et de favoriser les facteurs qui permettent aux individus, aux communautés, et à la société de s’épanouir.

Selon l’un des pionnières de la psychologie positive, Barbara Fredrickson, dont le dernier ouvrage, Love 2.0 , vient d’être traduit en français : « Les émotions positives ouvrent l’esprit et élargissent la palette des pensées et des actions […] Elles engendrent des comportements flexibles, accueillants, créateurs et réceptifs. » (2) Le développement de ce type d’émotions présente un avantage évolutif dans la mesure où il nous aide à élargir notre univers intellectuel et affectif, à nous ouvrir à de nouvelles idées et expériences.

Les émotions positives telles que la joie, le contentement, la gratitude, l’émerveillement, l’enthousiasme, l’inspiration et l’amour sont bien plus qu’une absence d’émotions négatives. Cette dimension supplémentaire ne se réduit pas à une simple neutralité de l’esprit : elle est source de profondes satisfactions. À l’inverse de la dépression, qui provoque généralement une plongée en vrille, les émotions positives engendrent une spirale ascendante : « Elles construisent la force d’âme et influencent la façon de gérer l’adversité, » écrit Fredrickson.

En France, un nombre croissant de chercheurs et de cliniciens s’intéresse à la psychologie positive, comme en témoignent notamment les ouvrages de Jacques Lecomte, Christophe André et Rebecca Shankland. (3)


1. Maslow, Abraham (1954) Motivation and Psychology. Le dernier chapitre du livre est intitulé « Toward a Positive Psychology » [Vers une psychologie positive]. p. 354.

2. Fredrickson, B. (2014). Love 2.0: ces micro-moments d’amour qui vont transformer votre vie . Marabout.
et Fredrickson, B. (2002). « Positive emotions », in Handbook of Positive Psychology. Oxford University Press

3. Lecomte, J. (2009). Introduction à la psychologie positive . Dunod.
André, C. (2014). Et n’oublie pas d’être heureux . Odile Jacob.
Shankland, R. (2014). La psychologie positive – 2e éd . Dunod.

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Un chaman nous parle du côté obscur de la « pensée positive »
Vous a-t-on déjà dit que vous devriez « penser positivement » et que vos problèmes disparaîtront ?


Ou qu’afin d’obtenir ce que vous voulez dans la vie, tout ce que vous devez faire est de le visualiser et que cela finira par apparaître ?

C’est une approche de la vie qui est populaire depuis des décennies grâce à des livres comme « Réfléchissez et devenez riche » » et « Comment se faire des amis et influencer les autres ».
Mais cela nous aide-t-il vraiment à mener une vie plus gratifiante et significative?
« Pas vraiment », selon ce chaman brésilien initié dans les traditions de la forêt amazonienne.
Dans un article publié dans Huffington Post, Rudá Iandé révèle le côté obscur de la pensée positive.
Le côté obscur de la pensée positive
« Concentrez-vous sur la puissance de vos pensées et vous transformerez ainsi votre réalité. »
Des milliers de livres, des ateliers et des gourous de l’entraide répètent le même mantra: « Changez vos pensées, changez votre vie ». Si seulement la mythique de « la loi d’attraction » fonctionnait pour la moitié des gens qui l’ont essayé! Nous aurions un plus grand Hollywood pour toutes les stars de la pensée positive, des milliers de nouvelles îles privées pour les millionnaires de la pensée positive et de grandes industries n’existant que grâce au succès des PDG de la pensée positive. Il n’y aurait pas assez de ressources sur la planète pour réaliser les rêves d’une nouvelle génération de magiciens en possession du « Secret ».
La pensée positive est comme la version New Age de la croyance au Père Noël. Tout ce que vous avez à faire est de faire une liste des choses qu’il vous faut, d’imaginer que cela vient à vous, et puis de vous asseoir et attendre que l’Univers vous le livre à domicile. La pensée positive prétend vous donner la clé de votre avenir le plus désiré juste en imaginant que celui-ci est déjà arrivé. En procédant de cette façon, vous attirez de la matrice universelle tout ce que vous voulez. Restez 100% positif pendant une assez longue période, et votre nouvelle réalité se matérialisera simplement à partir de vos pensées.
Il y a deux problèmes à cela:
1) C’est épuisant, et 2) C’est souvent inefficace.
La pensée positive vous apprend à ignorer vos véritables sentiments.
En fait, ce que la pensée positive vous apprend réellement c’est à vous hypnotiser en ignorant vos vrais sentiments. Cela crée une sorte d’étroitesse d’esprit. Vous commencez à verrouiller votre conscience dans une bulle dans laquelle vous n’existez que comme votre « moi supérieur », toujours souriant, plein d’amour et de bonheur, magnétique et irrésistible. Vivre à l’intérieur de cette bulle pourrait paraître bien à court terme, mais avec le temps, la bulle éclatera. C’est parce que chaque fois que vous vous forcez à être positif, la négativité augmente. Vous pouvez nier ou réprimer les pensées et les émotions négatives, mais elles ne peuvent pas disparaître.
La vie est pleine de défis, et faire face à ces défis quotidiennement déclenche toutes sortes de pensées et d’émotions, y compris la colère, la tristesse et la peur. Essayer d’éviter ce que vous considérez comme ‘négatif’ et vous en tenir uniquement au ‘positif’ est une énorme erreur. Lorsque vous niez vos vrais sentiments, vous dites à une partie de vous-même que vous êtes quelqu’un de mauvais, que vous êtes une ombre, que vous n’êtes pas au bon endroit ». Vous construisez un mur dans votre esprit et votre psyché se divise. Lorsque vous tracez en vous une limite entre ce qui est acceptable et ce qu’il ne l’est pas, 50 % de qui vous êtes est en refus. Vous essayez toujours d’échapper à votre ombre. C’est un voyage épuisant qui peut mener à la maladie, à la dépression et à l’anxiété.
Nous nous efforçons d’être heureux, et plus nous essayons, plus nous devenons frustrés. La frustration en plus de l’épuisement mène à la dépression. Les gens deviennent frustrés car ils ne peuvent répondre à l’archétype du succès vendu par Hollywood. Ils sont épuisés du combat qu’ils mènent contre eux-mêmes, et sont déprimés parce qu’ils ne sont pas en phase avec leur véritable nature.
Vous pouvez finir par être en guerre avec vous-même
Vous pouvez consacrer votre vie à mener une guerre contre vous-même. L’autre approche consiste à reconnaître que vous êtes un être humain avec un grand potentiel, et d’apprendre à accueillir à bras ouverts l’ensemble de votre humanité. Arrêtez de diviser vos pensées et vos émotions en pensées « positives » et « négatives ». Après tout, qui décide de ce qui est positif ou négatif? Où trace-t-on la ligne entre le bien et le mal en nous? Dans notre monde intérieur, cela n’est pas toujours très clair. Même les émotions les plus difficiles ont une fonction importante dans la vie. Le chagrin peut apporter de la compassion, la colère peut vous aider à surmonter vos limites, et l’insécurité peut devenir un catalyseur de croissance, mais seulement si vous leur donnez de l’espace dans votre for intérieur. Au lieu de vous battre contre votre propre nature, vous pouvez utiliser les défis de la vie pour progresser.
Beaucoup de gens se retrouvent souvent avec de nombreuses craintes, désespérés de ne pas connaître plus de succès. Ils pensent que le succès est une sorte d’oasis où ils pourront se reposer du monstre imaginaire de l’échec qui les poursuit constamment. Mais cette oasis se révèle être un mirage, qui disparaît dès que vous vous en rapprochez.
Mon conseil pour ces personnes est de faire le contraire de la pensée positive. Je les invite à imaginer le pire scénario possible, à explorer ce qui se passerait si leurs peurs les plus profondes devenaient réalité. En faisant cela, la peur cesse d’être monstrueuse. Et, toutes ces personnes pourront ainsi se rendre compte que même s’ils échouent, ils pourront se lever et essayer à nouveau. Ils apprendront de leurs expériences. Ils deviendront plus sages et plus aptes à réaliser leurs rêves ultérieurement. Sans aucun sentiment d’insuffisance, ils pourront profiter de la vie et laisser place à la créativité. Ils se rendront compte que le pouvoir qu’ils donnent à leurs peurs peut être consciemment utilisé pour créer la réalité qu’ils veulent.
Acceptez le contraste de la vie
Je crois au contraste de la vie. Lorsque vous acceptez tout l’éventail de votre être – y compris la tristesse, la colère, l’insécurité et la peur – toute l’énergie utilisée pour lutter contre vous-même redevient alors disponible pour vivre et créer. Il y a la même quantité d’énergie dans la « positive attitude » que dans ce que vous appelez négatif ou ombre. Les émotions sont une force pure de la vie, et vous ne pouvez accéder à la pleine puissance de votre conscience que lorsque vous laissez manifester l’intégralité de vos émotions. Bien évidemment, il y aura de la douleur, de la tristesse et de la colère, tout comme il y aura de l’amour, de la joie et de l’enthousiasme. Ces émotions trouveront leur équilibre naturel, et cet équilibre est beaucoup plus sain que de faire une distinction entre le bon et le mauvais.
Les humains sont des rêveurs, dans tout les sens du terme. Nous pouvons accomplir une grande partie de nos rêves au cours d’une vie, mais nous ne pourrons pas tous les réaliser. Mais les objectifs de vie les plus importants que nous devons accomplir avant de mourir, c’est la façon dont nous vivons actuellement. Avec une conscience et un sens de l’humour, nous pouvons embrasser la totalité de notre être et vivre une vie de l’âme. Au-delà de notre concept du « positif » et du « négatif », il y a la beauté, le mystère et la magie de notre véritable être qui méritent d’être honorés et célébrés. Cela est disponible pour chacun d’entre nous en ce moment même.
Rudà Iandé est un chaman et un coach de vie. Il est le fondateur de Primal Source et travaille comme entraîneur dans le développement personnel pour des clients privés et aide aussi des équipes d’entreprises à dépasser de nombreux limitations de soi et à exploiter leur créativité, et leur pouvoir personnel.
Pour Esprit science métaphysiques la vraie pensée positive n’a rien à voir avec le fait de vouloir posséder plus que vous n’en avez besoin.
Il ne s’agit pas de posséder un manoir, une île privée et avoir des millions sur votre compte en banque. En fait tout cela est plutôt lié à la négativité.
Cet article tente de renforcer l’acceptation selon laquelle nous devrions être heureux avec ce que nous avons, afin d’avoir davantage d’abondance dans notre vie et ce n’est pas faux.
Mais lorsque nous avons des vraies pensées positives, nous réalisons qu’aucune de ces choses n’est vraiment importante. L’amour et l’humilité sont des choses positives, tout comme s’occuper d’un autre, ou de veiller à ce que son voisin se porte bien.
Vouloir une nouvelle voiture, une nouvelle télé, une île, un grand compte bancaire, une renommée internationale, un grand profil sabote la loi d’attraction et n’est certainement pas positif.


Un coach “Adrien Barboza” nous parle de la pensée positive :

Il y a quelques temps je dénonçais la supercherie de Jimmy Yuth aka la loi de l’attraction, fatigué de voir le succès de cet escroc sur instagram. J’en profitais pour m’attaquer de manière plus large au concept de développement personnel. J’ai mentionné le fait que malgré tout, certains conseils donnés par les coachs en développement personnel étaient concrets ( comme la méditation ) contrairement à des choses bidons comme la  » pensée positive « .  Or il me semble aujourd’hui important de revenir la dessus.

Car n’importe quel.le défenseur.se du développement personnel pourrait venir me rétorquer que les effets de la pensée positive sont bien concrets. ( En effet l’effet placebo en est une démonstration ). Aussi, aujourd’hui je voudrais prendre le temps d’expliquer en quoi effectivement, la pensée peut agir positivement ( et négativement ) sur la matière mais pourquoi, néanmoins, le concept de pensée positive des coachs / gourous du développement personnel reste quelque chose de bidon et d’immoral!

L’effet placebo

L’effet le plus connu de la pensée sur la matière est l’effet placebo. Cet effet est très connu donc je ne prendrais pas le temps de revenir sur sa définition. Mon but est dans un premier de temps de montrer que dans mon métier  ( l’activité physique )  un état d’esprit positif peut apporter résultats positifs.

Une étude menée en 2007 à l’université d’harvard par Allia Crum et Ellen Langer et portant sur 84 préposées au ménage dans des hôtels  en est un parfait exemple. Au début de l’étude aucune des préposées n’avait été informée que le travail routinier qu’elles effectuaient tous les jours ne répondait pas aux recommandations des services de santé des états-unis qui préconisait une activité physique d’environ 30 minutes tous les jours dans le cadre d’un mode de vie sain. En fait 67% des préposées ne pratiquaient aucune activité physique sur une base régulière et les 33% reconnurent ne pratiquer aucune activité physique. Après cette évaluation initiale, Crum et Langer séparèrent les préposées en deux groupes. Elle expliquèrent  au premier groupe en quoi leur activité avait un impact sur le nombre de calories qu’elle brûlaient et leur confirmèrent que le simple fait d’exercer leur métier leur procurait suffisamment d’exercice physique. Elles ne transmirent pas cette information au deuxième groupe. Groupe où les préposées ne travaillaient pas dans les mêmes hôtels et ne pouvaient donc pas bénéficier de cette information en discutant avec les autres. Un mois plus tard, elles constatèrent que les préposées du premier groupe avaient perdu 910 grammes en moyenne, diminué leur indice d’adiposité corporelle et réduit leur tension artérielle systolique de 10 points en moyenne et ce, sans pratiquer d’activité physique en dehors de leur travail et sans changer d’alimentation. L’état de santé du deuxième groupe de préposées quant à lui resta quasiment inchangé!

Je vous met ici le lien de l’étude en question :  https://dash.harvard.edu/bitstream/handle/1/3196007/Langer_ExcersisePlaceboEffect.pdf?sequence=1

Et il en existe de nombreuses autre montrant que l’état d’esprit que l’on adopte change tout!

Fuite ou lutte ; des effets différents sur le corps

On divise souvent le système nerveux en sympathique et parasympathique. La branche sympathique étant celle de la lutte ou de la fuite  et la parasympathique étant celle de la digestion et du repos. En vérité, la théorie polyvagale  du Dr Stephen Porges nous apprend que c’est plus compliqué que ça.  Le nerf vague comporte une branche ventrale et une branche dorsale. Cette dernière étant la plus ancienne du point de vue de l’évolution et régissant un mode de défense comparable à celui des reptiles; le figement. En effet, les reptiles en danger feignent la mort et cessent de respirer car leurs cerveaux sont petits et ne nécessitent que peu d’oxygène. C’est donc un mode de défense très primitif qui vise à conserver l’énergie. Et si le système nerveux parasympathique est plus complexe qu’on ne le présente habituellement, il en va de même pour le système nerveux sympathique. Car si cette branche est bel et bien celle de la lutte ou de la fuite ou, de manière plus générale celle de la mobilisation de l’énergie, pensez-vous qu’il soit comparable de mobiliser son énergie pour lutter et de la mobiliser pour fuir ? Les effets sur le corps sont t-ils les mêmes ? Et que dire des effets sur la psychologie ?

Entraînement : Les bénéfices du mode lutte contrôlée et d’une narration interne positive

Il y a plusieurs manières d’aborder une séance. On peut y aller avec envie, en appréciant chaque exercice, en étant fier de soi et en étant combatif.ve . Ou alors on peut subir l’entraînement. Faire les choses parce qu’on s’en sent obligé en espérant que cela soit vite terminé et en ayant une narration interne négative du style  » je suis nul.le à cet exercice. Je dois sûrement mal faire cet exercice etc…  »

Pour un même entraînement, ces deux états d’esprit n’apporteront pas du tout les mêmes résultats.

Lorsque vous êtes en mode lutte contrôlée ( je dis bien contrôlée car lutte seule pourrait vouloir dire être à 100% en mode sympathique ce qui implique une perte de la concentration et de la coordination ) et que votre narration interne est positive vous allez induire un état d’anabolisme qui va susciter la production de l’hormone de croissance, de l’IGF1 et de la testostérone.

Or, quand vous êtes en mode fuite ( mode fuite ne veux pas dire que vous quitter littéralement la salle mais que vous endurez l’entraînement, n’êtes pas concentré et avez envie que ça se termine ) vous allez plutôt produire du cortisol et ne tirerez que peu de bénéfices de votre séance. Pourquoi ? Car le corps ne va tout simplement pas allouer d’énergie à un canal négatif. Le but premier du corps est de limiter l’entropie, de conserver l’énergie. Or pourquoi dépenserait t-il de l’énergie pour quelque chose qui ne vous rend pas heureux.se et qui même peut vous faire avoir une vision de vous même négative ?

La pensée peut donc bel et bien agir sur la matière de manière positive. Néanmoins, il n’en reste pas moins que ce concept, du point de vue du « développement personnel » reste non seulement une arnaque et qu’il est totalement indécent.

Arnaque et indécence de la pensée positive

Malgré les quelques exemples cités plus haut démontrant qu’un état d’esprit positif pouvait présenter des bénéfices pour le corps, le concept de  » pensée positive » reste très critiquable quand il sort de la bouche d’un.e coach / gourou de développement personnel et ce, pour plusieurs raisons.

  1. La pensée peut agir sur le corps mais pas sur l’environnement extérieur.

Les coachs / gourous du développement personnel présentent le fait de penser positivement comme une possibilité d’agir sur le monde extérieur. D’ailleurs, l’instagram de l’escroc Jimmy Yuth se nomme  » loi de l’attraction ». Cette « loi » est une croyance selon laquelle si l’on pense positivement, on attire à soi d’autres énergies positives. Pour prendre un exemple courant, bien cliché et matérialiste de ces gourous, si vous pensez régulièrement que vous roulez au volant d’une voiture de sport, vous attirerez à vous cette voiture…. Vous expliquer pourquoi cela ne fonctionne pas reviendrait à vous prendre pour des idiot.es, aussi je m’abstiendrais de le faire.

2. La « pensée positive » vise à culpabiliser et à réprimer les envies de révolte.

Le monde du développement personnel est un environnement très libéral. Loin d’être neutre idéologiquement, il s’adresse avant tout aux manager.euses et entrepreneur.euses avec comme but ultime le fait de réussir sa carrière. C’est pourquoi les gourous du développement personnel sont si enclins à conseiller de voir le positif dans chaque épreuve plutôt que de se plaindre ainsi que de regarder les gens qui sont plus malheureux autour de soi pour éprouver de la gratitude envers sa condition. Par exemple, si vous vous êtes fait licencier et qu’on va vous expulser de chez vous, nul besoin de ressentir de la colère envers votre patron! Prenez cette occasion pour changer de travail et enfin devenir riche! Et puis, pas de quoi se plaindre, regardez cette personne qui vit sous un pont, vous vous avez une famille et des ami.es vous  loger! Bref, vous l’aurez compris, dans la bouche de ces gens, penser positivement veut dire, se taire face à l’injustice car il y a toujours plus malheureux que soi. L’indécence de ce concept se trouve aussi dans le fait que si il suffit de penser positivement pour transformer votre réalité alors vous êtes responsable de votre bonheur. Ce qui sous entend que vous êtes aussi responsable de votre malheur!

3. La pensée positive comme mensonge à soi même et refoulement des émotions.

Vous aurez beau vous répéter des affirmations positives toute la journée, il est impossible que vous soyez heureux.se à tous les instants. Trop de facteurs jouent sur l’humeur ( facteurs hormonaux, météo, douleurs, aléas de la vie, macron, zemmour et j’en passe…) si bien que les émotions négatives son tout bonnement inévitables. Si bien que se  répéter   » je vais bien tout va bien  » quand les choses ne vont pas réellement bien revient juste à se mentir à soi même et à refouler certaines émotions qui sont pourtant indispensables. Prenons l’exemple de l’entraînement. Si vous êtes passionné.e de sport, que vous adorez ce que vous faîtes et qu’un jour vous arrivez au gym et n’avez AUCUNE envie de vous entraîner, c’est qu’il y a certainement une raison. Sûrement que ce n’est pas le bon jour pour vous entraîner et que vous pouvez vous autoriser une journée de récupération. Vous convaincre que vous avez envie alors que ce n’est pas vraiment le cas reviendrait à ne pas écouter un message essentiel que vous envoie votre corps!

Conclusion

Comme nous venons de le voir il est incontestable que le fait de penser positivement peut apporter des bénéfices sur le corps. Dans une certaine mesure l’auto-conviction peut aussi fonctionner et c’est pourquoi les athlètes professionnels aiment se répéter des phrases du style :  » je suis un.e champion.ne. Je suis le/la meilleur.e . Je vais gagner etc… ». Toutefois, cela ne leur permet pas de transformer leur réalité ni de changer leur état émotionnel de A à Z. Il faut déjà être dans un état d’esprit positif et ces phrases répétées ne viennent qu’ajouter un effet stimulant. Si l’athlète est de mauvaise humeur, ce genre d’affirmations ne l’ aidera pas à être de meilleure humeur mais peut être à mobiliser son énergie pour s’entraîner malgré tout.

En dépit de ces bienfait réels, la « pensée positive » vu par les gourous du développement personnel pose problème car elle est élargie à des domaines bien plus vaste que la seule activité sportive et c’est là où les choses deviennent tendancieuses! On a vite fait de simplifier des situations de vie qui sont parfois complexe en conseillant aux autres de  » voir la vie du bon côté » ou de « regarder ailleurs où les gens sont plus malheureux pour se rendre compte de sa chance ».  Autre problème qui vient s’ajouter à la culpabilisation des autres de leur malheur et de la négation des difficultés qu’ils / elles peuvent vivre, le fait de ne pas regarder les choses en face. En effet, le but d’un coach en développement personnel est soi disant de vous aider à vous améliorer ( pas de vous prendre votre argent en jouant sur vos fragilités émotionnels, ha ça non! ) mais pourtant masquer des émotions négatives en répétant des affirmations positives revient à lorsqu’on voit un problème arriver mettre les mains devant les yeux et dire  » je ne vois rien, je ne vois rien! ».  Si les narrations internes négatives sont la plupart du temps à éviter, il n’en reste pas moins qu’il faut savoir les écouter et les analyser pour pouvoir se remettre en question quand cela est nécessaire. Se dire qu’on fait tout bien alors que ce n’est pas le cas n’aide pas vraiment à progresser.

Sur le plan pratique, je vous ai dit qu’il était préférable d’avoir une narration interne positive. Pourtant je ne vous conseille pas de vous répéter des phrases d’auto-suggestion pour vous mentir à vous même. Contradictoire ? Non! Car mon conseil est tout simplement de trouver une activité qui vous fasse plaisir ou bien de choisir des exercices que vous aimez et dans ce cas vous n’aurez pas besoin de vous répéter un mantra pendant 15 minutes pour être convaincu que vous aimez ce que vous faîtes! Et si un jour vous n’avez aucune envie de pratiquer, eh bien cela est sûrement le signe que ce n’est pas le bon jour pour vous entraîner! Ecoutez ce signal plutôt que d’essayer de le transformer!