Les aspirations de l’âme

Friedrich Nietzsche disait :
Celui qui a un “pourquoi “qui lui tient lieu de but, de finalité, peut vivre avec n’importe quel “comment “.

C’est le besoin de sens et le fait d’avoir une conscience morale qui caractérise l’humain.

De ce fait, notre vision de la vie doit à la fois responsabiliser la personne humaine et la relier à une transcendance.

Dans une société fondée sur une vision matérialiste de l’existence et le « réductionnisme » de la conception freudienne de l’homme. il est donc difficile de trouver une autonomie spirituelle.

C’est en comprenant ce que l’homme peut devenir, ce dont il est capable, et donc finalement ce qu’il est, la nature véritable de son soi, que la question de la perfection peut commencer à prendre un sens plus concret.

L’homme est l’être qui est capable de transmuter sa substance au point de faire rayonner en soi toutes les qualités de l’humanité véritable, encore faut-il préciser ce qu’on entend ici par l’humanité, et par le soi.

Mais de nos jours, l’idée de perfection, appliquée à l’être humain, resterait encore une idée vague si elle n’était pas elle-même envisagée directement à partir de la finalité spécifique qui est celle de l’homme. 

  • Or quel est le but de l’homme, sa possibilité la plus haute ?

C’est de réaliser pleinement sa nature, c’est de développer toutes les puissances dont il est capable pour accomplir en lui-même, et au plus haut point, tous les traits de l’humanité. Ainsi l’idée de transcendance revêt un sens concret : elle n’est pas séparable de la tension qui anime l’homme vers un état supérieur de réalisation de soi. 

La recherche de sens à donner à sa vie l’emporte sur nos pulsions, fondamentales dans la psychanalyse traditionnelle.

Chaque sujet doit trouver et se donner une raison d’exister, une raison unique et singulière.

Ame ou inconscient spirituel ?

À la conception mécaniste et technicienne de la psychanalyse freudienne (les pulsions, le ça, etc.), Frankl oppose une vision « existentielle », éthique, centrée sur l’existence d’un « inconscient spirituel », dimension également cachée à la conscience.

C’est ce qu’il appelle le « Dieu inconscient », dont les signes cliniques, en quelque sorte, sont le « dilemme moral » et le sentiment de « transcendance ».

La conscience morale n’est pas réduite, comme chez Freud, à l’expression d’une instance répressive du moi, une sorte de gendarme limitant nos désirs.

Elle est bien plutôt « porte-parole de quelque chose d’autre, voix de la transcendance ». Cette « religiosité » n’est pas le modèle même de l’illusion, comme l’affirmait Freud.

Elle structure la psyché de tout être humain et son refoulement « est un facteur majeur de souffrance psychique ».

La liberté : écouter sa conscience ou l’ignorer

Mais la religiosité dont parle Frankl n’est pas l’adhésion à telle ou telle religion, à tel ou tel corpus de foi.

Il s’agit d’un sens interne strictement personnel, une indication de la conscience toujours en rapport avec une situation concrète.

Pour lui, l’homme irréligieux n’est pas l’athée mais « tout simplement celui qui méconnaît [la] transcendance de la conscience ».

Et, « ce que vous dit la conscience [étant] clair et sans ambigüité », la liberté de l’homme consiste simplement, uniquement à choisir entre deux possibilités : écouter sa conscience ou faire fi de ses avertissements ».

À un reporter de Time Magazine qui lui demandait si l’on en viendrait tôt ou tard à une religion universelle, Viktor Frankl répondit : « Au contraire, nous allons bien plutôt vers une religion personnelle, vers une religiosité plus profondément personnalisée, une religion à partir de laquelle chacun trouvera son propre langage, sa langue la plus intime quand il s’adresse à Dieu ».

Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de rites et de symboles communs.

Mais, de même qu’à travers différentes langues, c’est un alphabet commun qui opère, de même par toute religion, chacun « peut trouver Dieu, le Dieu unique ».