Perfection, connaissance -Maître Eckhart-

De la perfection de l’âme.

La personne la plus importante est toujours celle qui est à l’instant en face de moi. Maître Eckhart

Quant à la façon dont l’âme s’y prend pour arriver à sa plus haute perfection et splendeur, voici : Un maître dit : Dieu est par la grâce porté et planté dans l’âme ; de là jaillit en elle une divine fontaine d’amour qui ramène l’âme en Dieu. – Il en va bizarrement avec ces choses. Un saint dit : Tout ce qu’on peut dire de Dieu, Dieu ne l’est pas. Un autre dit : Tout ce qu’on ne peut dire que de Dieu, Dieu l’est aussi. Sur quoi un grand maître décide qu’ils ont tous deux raison ! Dans le même sens que ces trois saints je dis ce qui suit : Quand l’âme s’est, avec sa raison, approprié le divin, celui-ci est à son tour repassé à la volonté. Celle-ci s’en imprègne tellement qu’elle devient une avec ce qu’elle a pris en elle. Alors seulement elle le porte plus loin et le plante aussi dans la mémoire. C’est ainsi que Dieu est porté dans l’âme et planté en elle.

Et voici que la divine fontaine d’amour commence à déborder dans l’âme, en sorte que les puissances supérieures se déversent dans les inférieures, et les inférieures dans l’homme extérieur et le soulèvent au-dessus de tout ce qui est inférieur, si bien que toute son action est spiritualisée. Car comme l’esprit agit par impulsion divine, de même il faut que l’homme extérieur agisse par l’impulsion de l’esprit. O merveille des merveilles, quand je pense à l’union avec Dieu qui échoit à l’âme en partage ! Il fait déborder l’âme de joie et de ravissement. Car rien de ce qui a un nom ne lui suffit plus. Or, étant elle -même une nature nommée, elle-même non plus ne se suffit plus : la divine fontaine d’amour ruisselle sur elle, l’arrache à elle-même et l’introduit dans l’essence sans nom, dans sa source, en Dieu. – Car encore que la créature luit donné un nom, il est pourtant en lui-même une essence sans nom. – C’est ainsi que l’âme arrive au sommet de sa perfection.

Maintenant allons plus loin, chers amis, et parlons de la noble structure de l’âme. Saint Augustin dit : Tout comme Dieu est constitué, l’âme l’est aussi. Si donc Dieu ne l’avait pas formée d’après son propre modèle afin qu’elle devienne Dieu au moyen de la grâce, elle ne pourrait jamais non plus devenir Dieu au-dessus de toute grâce. Mais combien exactement elle est constituée d’après l’image de la sainte Trinité, vous pouvez vous en rendre compte en considérant Dieu :

Dieu est triple – sous le rapport des personnes, et en même temps un – sous le rapport de sa simple nature. Dieu est en tous lieux et entièrement dans chacun ; ceci signifie que pour Dieu tous les lieux n’en sont qu’un seul. Dieu possède en outre une vision anticipée de toutes choses et arrange tout d’avance dans sa providence. Tout cela, il l’a par nature. Mais c’est justement ainsi que l’âme est aussi constituée, elle aussi est triple – sous le rapport des puissances, et en même temps simple – sous le rapport de sa pure nature. Elle aussi est entièrement dans tous ses membres et dans chacun d’eux ; c’est pourquoi tous ces membres ne sont pour l’âme qu’un seul lien. Elle aussi a une providence et arrange les choses qui lui sont possibles. Tout ce qu’on peut dire de Dieu, on en trouve dans l’âme une image en quelque chose. C’est pourquoi Augustin dit avec raison : Comme Dieu est constitué, l’âme l’est aussi. Dieu a donc conféré à l’âme la similitude avec lui-même ; et si l’âme ne la possédait pas elle ne serait absolument pas capable de devenir Dieu, ni par la grâce nu-dessus de toute grâce. Pourtant l’âme doit être encore davantage une image de l’amour divin et de l’action divine. Voilà pour la façon dont l’âme devient Dieu par la grâce.

L’âme qui demeure dans cette similitude avec Dieu et dans cette noble nature que Dieu lui a conférée et en outre progresse vers des niveaux de plus en plus élevés : pourvu qu’elle laisse toujours la matérialité derrière elle, au même instant la vie éternelle lui est ouverte. Et en même temps elle est déjà environnée de lumière divine et, dans cette lumière, affinée en Dieu et surnaturellement refaçonnée en lui. Alors chacune des puissances de l’âme devient l’image d’une des personnes divines : la volonté l’image du Saint-Esprit, le pourvoir de connaître celle du Fils, la mémoire celle du Père. Et sa nature devient l’image de la nature divine. Et pourtant l’âme indivisée reste une. – C’est là en cette matière la dernière affirmation dont me rend capable ma connaissance de moi-même.

Ecoutez maintenant, en troisième lieu, dans quelle mesure l’âme devient Dieu aussi au-dessus de toute grâce ! Ce que Dieu, en effet, lui a ainsi conféré, cela ne doit pas se transformer à nouveau, car elle a par là atteint un état plus élevé où elle n’a plus besoin de la grâce. Dans cet état elle s’est perdue elle-même et coule en plein courant dans l’unité de la nature divine.

Bon ! maintenant on va demander comment il en va de l’âme qui s’est perdue : si elle se retrouve finalement, ou pas ? A cela je vais répondre, comme il me semble : à savoir qu’elle se retrouve, et au point où chaque être doué de raison est conscient de lui-même. Car elle a beau couler et s’engloutir dans l’unité de l’essence divine, elle ne peut pourtant jamais arriver au fond. C’est pourquoi Dieu lui a laissé un petit point vers lequel elle se retourne, dans son moi, et se retrouve et se reconnaît – en tant que créature. Ceci justement est essentiel à l’âme, qu’elle n’est pas capable de scruter à fond son créateur. – Maintenant je ne veux pas parler davantage de l’âme, car là, dans l’unité de l’essence divine, elle a perdu son nom. C’est pourquoi là elle ne s’appelle plus âme, son nom est : l’essence incommensurable.

De la connaissance de Dieu.

Je vais maintenant parler d’une pure connaissance de Dieu. C’est vers vous que je me tourne, frères et sœurs, qui êtes les chers amis de Dieu et êtes chez vous auprès de lui. Suivez donc un exposé difficile et conforme aux règles de l’art !

Un mot d’abord sur les dénominations de la sainte Trinité ! Quand on parle du Père, du Fils ou du Saint-Esprit on a en vue les Personnes divines, quand on parle de la Divinité, la nature divine. Dans la Divinité sont les trois Personnes en vertu de l’unité de leur nature. Elles s’écoulent en tant que personnes séparées comme en tant qu’essence dans l’essence divine, où elles sont la divinité. Non pas que la divinité soit quelque chose de différent d’elles : elles sont elles-mêmes la divinité, en tant que leur nature et essence n’est qu’une. Elles s’écoulent dans l’essence : car l’essence n’est saisie que parce qu’elle est elle-même ; elle demeure dans une paix inviolée, et son action est seulement de se connaître elle-même par lui-même.

Débouchant dans la divinité, les trois Personnes sont devenues une unité indivisible. Là le Père s’écoule dans le Fils et le Fils à son tour dans le Père. (Comme le dit Notre-Seigneur Jésus-Christ : Celui qui me voit, voit mon Père, mon Père est en moi et moi en lui. ) Et tous deux s’écoulent dans le Saint-Esprit et le Saint-Esprit à son tour en eux. (Comme le dit Notre-Seigneur Jésus-Christ : Moi et mon Père avons un seul esprit. ) Mais c’est justement dans cet écoulement, dans cette pénétration réciproque que le Père dit la Parole, ou le Fils, et s’exprime dans le Fils pour toutes les créatures. Et en tant qu’il se retourne vers lui-même, il s’exprime pour lui-même. Ainsi le fleuve s’est écoulé en lui-même – comme dit saint Denys.

Ainsi cet écoulement réciproque dans la divinité est en même temps un parler sans mot ni son, un entendre sans oreilles, un voir sans yeux : chacune des Personnes parle sans mot et s’exprime pour chacune des autres – un écoulement dans lequel il n’y a rien d’écoulé ! Elle présente, plus qu’autre chose, une image de cette pénétration réciproque : tandis que ses puissances supérieures et sa nature simple sont en elles-mêmes déterminées d’une même manière, chaque puissance s’écoule dans les autres, et s’exprime pourtant en même temps à elle-même sans mot ni son. – bienheureuse l’âme qui en arrive là pour contempler la lumière éternelle !

Bon ! maintenant on pourrait demander comment il en va du pouvoir créateur des Personnes : s’il leur revient en propre en tant que Personne ou en vertu de leur appartenance à l’essence. A cela il faut répondre : Les trois [Personnes] ne sont là qu’un Dieu. Non pas que l’une d’elles soit là antérieurement à l’autre : bien plutôt sont-elles comme d’une nature et essence comme n’étant tout simplement qu’un principe premier. – En tout cas, l’action elle-même n’appartient qu’à la Trinité et non à l’unité essentielle [des Personnes]. – Ceci a besoin d’explication ; saisissez-le donc tout à fait exactement !

Tout discours se reprend dans le non-discours : de cette manière les Personnes sont une incarnation de l’essence. – Comment peut-on appeler cela un se reprendre ? Parce qu’il n’y a ici ni un quelque chose de nouveau qui soit survenu, ni un quelque chose ayant été présent ! Au moyen de ce retour dans l’unité essentielle, la Trinité possède en chaque Personne le même pouvoir créateur et a accompli toutes ses œuvres sans être elle-même mise en mouvement, ou ne serait-ce que touchée, par les choses.

Encore un mot sur la proposition : Les trois Personnes sont une incorporation de l’essence ! Elle exprime deux choses. Elles sont. Par là chaque Personne est posée expressément comme une essence propre, mais : une incarnation de l’essence par où s’exprime que les trois Personnes et la nature unique ne font aussi ensemble qu’une essence propre. Voyez ! c’est en cela que les trois Personnes incarnent l’être unique que chaque forme particulière ou Personne possède le même pouvoir créateur ; ce pouvoir n’appartient qu’à la Trinité parce que sa nature et son essence est l’unité. – Mais en voilà sans doute assez là-dessus !

Deux choses ont été distinguées en Dieu : Essence et nature. J’entendrais volontiers là-dessus, Seigneur, une instruction. – Essence est par rapport à soi-même. nature par contre désigne ce qui est commun pour les Personnes ; et pourtant tous deux ne sont qu’un. – Excellent ami, pour l’amour de Dieu, dis-m’en davantage sur cette distinction ! – Comprenez-moi là-dessus avec un sens éclairé et un esprit élevé ! Voyez ! Dieu, tel qu’il est en soi, a ‘essence ; et l’être habile dans une paix inviolée ; c’est pourquoi il est immuable : il ne s’exprime pas, il n’aime pas, il ne produit pas. Et pourtant il met en mouvement ce qui se meut

Cette distinction entre repos immuable et être en mouvement ne coïncide pas avec la distinction entre les Personnes divines et la nature divine. – Personne et nature ne représentent qu’un être particulier – c’est bien plutôt la différence entre essence et nature.

Quant à ce qu’est la nature divine, jamais une goutte n’en est tombée dans une intelligence créée ! Un maître dit : La nature de Dieu est beauté. Et j’ajoute : le Beau, donc, suscite l’éclat et son reflet : là les Personnes resplendissent ; chacune éclairant l’autre comme aussi elle-même. Ce n’est que dans cet échange lumineux que se parfait la beauté ! bien alors ! Je me déclare satisfait.

Mais qu’en est-il du Verbe éternel que le Père profère : est-il valable pour lui en tant qu’il reste dans l’essence ? – Non ! – Cela est-il valable pour lui en tant que Personne ? – Non ! – Cela est-il valable pour la pure nature du Père ? – Saint Augustin apporte sur ce sujet cinq comparaisons qui sont comme sorties de la bouche de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Je suis venu comme un mot venant du cœur ; je suis venu comme l’éclat du soleil, je suis venu comme la chaleur du feu ; je suis venu comme une odeur de fleur ; je suis venu comme un ruisseau de sa source éternelle. C’est donc ainsi que le Verbe éternel est exprimé dans la Personne du Fils et est pourtant en même temps, en tant que Dieu, demeuré avec sa nature dans l’unique nature divine !

Eh bien ! Les saints docteurs disent que Dieu est en toutes choses ; Dieu est-il avec sa nature en toutes choses ? – Non ! – Comment est-il donc en toutes choses ? – Voyez ! En tant que les Personnes persévèrent dans l’unité de la nature divine, Personnes et nature ne portent qu’une détermination en soi, elles sont exclusivement : essence divine. En tant que tel, Dieu est en tous lieux et entièrement dans chacun ! Or, Dieu étant indivisiblement un, toutes choses et tous lieux sont un unique lieu de Dieu. Ainsi toutes choses sont pleines de Dieu – pleines de son essence divine, sans interruption.

Il y a trois choses à remarquer sur l’essence divine. Elle doit être tout d’abord tout simplement un Principe premier qui maintient toutes choses. Or Dieu est avec son essence divine en toutes choses et les maintient. – Mais il est dans l’âme avec son essence et avec sa nature. Notre-Seigneur Jésus-Christ en est un témoignage vivant : il était Dieu et homme. Il nous a donné son corps adorable ; qui le reçoit dignement reçoit en même temps que la Personne divine, le Fils, la nature divine, et reçoit donc d’un coup la nature humaine et divine. C’est pourquoi Dieu est certainement là où il est reçu dignement. Ceci explique aussi que Dieu s’aime lui-même dans l’âme. On demandera : Comment Dieu peut-il s’aimer lui-même ? – Dieu, en étant dans tout être, reste pourtant en lui. En étant en lui il est pour lui. C’est pourquoi, en étant dans tous les êtres, il est justement par là pour lui-même. C’est pourquoi il s’aime lui-même, au moyen de lui-même, dans tous les êtres !

Deuxièmement Dieu est un ; Unique-Un. Celui-ci n’est, en tant que tel, que par soi-même, et non par un autre. S’il l’était par un autre, il faudrait qu’à cet un il rendit manifeste encore cet autre. Mais ce n’est pas le cas : bien plutôt est-il en soi-même dans une telle profondeur et dans une telle paix qu’il ne peut absolument rien manifester de soi-même.

Or donc voyez ! encore que Dieu soit tout-puissant, on peut pourtant s’apercevoir ici combien son impuissance est précisément sa plus grande puissance : l’essence simple de la nature de Dieu est l’unité. L’un pur et simple est de lui-même incapable de se révéler. Là réside son impuissance, et cette impuissance est l’unité elle-même ; mais l’unité est justement la plus grande puissance de Dieu ! – Comme, donc, celle-ci n’était pas elle-même en état de manifester son essence, les trois Personnes s’en sont chargées, elles qui pour cela, dans l’unité de leur nature et de leur essence, ont toutes le même pouvoir. Et à personne elles ne l’ont plus manifesté qu’à elles-mêmes, puisque cette unité d’essence est en même temps leur essence.

Troisièmement l’essence unifie et enferme tout en soi. Dans cette étreinte générale Dieu le Père a perdu son nom – sans pour cela cesser en tant que Personne d’être le Père ; mais ceci est déjà une détermination. La même chose est vraie des deux autres Personnes. Dans cette étreinte générale Tout se résout en Tout, car, là, Tout tient Tout enfermé en soi. Mais en soi-même cela reste quelque chose de non fermé pour soi.

Alors se pose la question de savoir comment le Premier Principe tient donc tout enfermé en soi ? Je réponds ceci : Toutes choses sont – en forme finie – apparues dans le fleuve du temps, et sont pourtant – en forme infinie – demeurées dans l’Éternité. Là elles sont Dieu en Dieu. Prenez, de cela, une figure ! Imaginons un maître qui aurait en soi tous les talents. Si, de chacun de ses talents, il produisait une œuvre , il conserverait néanmoins tous ses talents à l’intérieur de lui-même : pris dans le maître tous ses talents sont aussi : le maître. C’est ainsi que ce Principe tient enfermé en lui les archétypes de toutes choses. C’est cela qui signifie que les choses sont Dieu en Dieu.

Mais de quelle manière les choses retournent-elles dans leur source ? – Cela se produit ainsi. Prises dans la nature humaine toutes les créatures changent leur nom et sont ennoblies, car elles perdent en elle leur nature particulière et reviennent à leur origine. Cela arrive de deux manières. D’une part la nature humaine a le pouvoir de réaliser cet ennoblissement par l’œuvre de l’esprit, car dans celle-ci l’esprit retourne dans sa source. Et secondement : ce que l’homme absorbe comme nourriture et boisson, cela devient de quelque manière chair et sang en lui. Or c’est la croyance du chrétien que ce corps qui est sien doit ressusciter au dernier jour. Alors ressuscitent aussi toutes choses, non en elles-mêmes, mais bien en celui qui les a transformées en lui. Là elles sont aussi spiritualisées, et il n’y a là qu’un esprit, et elles retournent avec l’esprit dans la source. On voit par là comment dans la nature humaine chaque créature reçoit un caractère d’éternité. Par là on voit aussi la fidélité, la bonté, et tout l’amour de Dieu qui ne veut rien savoir exclu de ce qui appartient à son fidèle serviteur : il veut le prendre tout entier en lui ! C’est pourquoi il a enfermé chacun dans chacun. Là tout est un, une seule chose : Tout en tout.

On demande encore : Comment faut-il entendre que la seconde Personne, le Fils, ait été envoyé dans le pur corps de Maie et ait pris la nature humaine, et par là pourtant ne cessa jamais d’être contenu dans le sein du Père ? – A cela il faut répondre ce qui suit :

C’est sans interruption que le Père a engendré, engendre et engendrera le Fils, cette naissance a été éternellement en lui. C’est pourquoi quand le Fils prit sur lui la nature humaine, à ce moment aussi le Père l’engendrait. Ceci est une réponse.

Comprenez-le maintenant en un autre sens ? Le Fils est la compréhension du Père par lui-même et est – dans le Père – l’ouvrier créateur de toutes choses. C’est pourquoi, si cet ouvrier n’a pas été actif de toute éternité il aurait été impossible au Père d’arriver à œuvrer quelque chose dans cet instant déterminé : Pendant que le Fils de Dieu prit sur lui la nature humaine dans le corps de Marie, il était en même temps dans le Père l’ouvrier de toutes choses. Voilà pour la seconde réponse.

Eh bien, prenez-le une troisième fois encore dans un autre sens ! Le Fils n’a pas moins de part à l’essence que le Père et le Saint-Esprit, il l’a en commun avec eux. C’est pourquoi le Fils est aussi, en raison de cette nature et de cette essence unitaire qui leur est commune, quelque chose de fermé : L’unité est ce qui enferme, les Personnes ce qui est enfermé par elle. Encore que les Personnes, en tant que séparées, s’affirment, chacune comme personnalité particulière manifestée, il ne leur appartient pourtant, dans cet enlacement et dans cette étreinte, qu’une qualité, celle de l’unique nature divine ! Et comme le Fils a cette qualité en commun avec le Père et le Saint-Esprit, il ne fait aussi, en tant que ce quelque chose de fermé, qu’un être particulier en commun avec eux. De cette façon le Fils n’a jamais été une heure séparé du Père. Je termine par là cette triple explication de la question.

Que Dieu, dans son pur éclat divin, n’ait jamais éprouvé d’accroissement ni de diminution apparaît en toute clarté de cette explication. – Voilà pour la connaissance de Dieu comme aussi pour la noble constitution de l’âme.