Viktor Frankl

 

Beaucoup de personnes ignorent si elles doivent cataloguer Viktor Frankl comme héros, martyr ou penseur.

En vérité, il est les trois à la fois. 

Un héros parce qu’il a affronté avec courage les pires adversités qu’un être humain puisse connaître.

Un martyr également car même s’il a pu échapper à l’horreur, il a décidé de rester pour subir, avec les siens, les coups d’une guerre atroce.

Et, enfin, un grand penseur qui a légué à l’humanité tout un pan de la psychologie : la logothérapie.

La pensée philosophique et logothérapeutique de V. E. Frankl est basée sur une phénoménologie de la liberté et du sentiment d’existence qui mettent en question les réductionnismes actuels du psychologisme, positivisme et nihi­lisme.

L’individu réel répond à la vie à la fois axiologique et absolue pour donner un sens responsable à sa situation chaque fois unique.

Né en Autriche en 1905, le docteur VIKTOR E. FRANKL a été professeur de neurologie et de psychiatrie à la faculté de médecine de l’Université de Vienne. Sa femme, son père, sa mère et son frère sont tous morts dans les camps de concentration nazis; seuls lui et sa sœur ont survécu. Malgré tout, il a toujours fait preuve de compassion, de loyauté, d’audace et de soif de vivre. Il a fondé la logothérapie, une forme d’analyse existentielle sur le sens de la vie. Il est décédé à Vienne en 1997.

RÉSUMÉ DE CARRIÈRE

Viktor E. Frankl, M.D., Ph.D., neurologue et psychiatre, est le créateur de la logothérapie et de l’analyse existentielle. Né à Vienne le 26 mars 1905 et mort au même endroit le 2 septembre 1997, Viktor Emil Frankl a été professeur de neurologie et de psychiatrie à l’école de médecine de l’Université de Vienne. De 1940 à 1942, Frankl a été directeur du service de neurologie à l’hôpital Rothschild. De 1946 à 1970, il a été directeur de la polyclinique neurologique de Vienne. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il a été détenu trois ans à Auschwitz, Dachau et à d’autres camps de concentration. Il a été professeur invité à Harvard et aux universités de Pittsburgh, de San Diego et de Dallas.

L’Université internationale des États-Unis en Californie a fondé un institut dédié à la logothérapie, cette école de psychothérapie qui a été créée par Frankl et qu’on appelle souvent « la troisième école de Vienne » (après la psychanalyse de Freud et la psychologie individuelle d’Adler). Frankl a reçu 29 doctorats honorifiques de diverses universités à travers le monde. L’Association psychiatrique des États-Unis (American Psychiatric Association) lui a accordé le prix Oskar Pfister.

Frankl a été l’auteur de 32 volumes publiés dans 29 langues, dont les deux derniers Viktor Frankl Recollections: An Autobiography et Man’s Search for Ultimate Meaning, sont parus en 1997. Le livre Man’s Search for Meaning: An Introduction to Logotherapy (Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie) a été vendu à plus de 5 millions d’exemplaires, aux États-Unis seulement. Selon une enquête menée par la Bibliothèque du Congrès et le Book-of-the-Month Club, cet ouvrage compte parmi les dix livres les plus influents aux États-Unis. (New York Times, édition du 20 novembre 1991).

Les écrits scientifiques sur la logothérapie sont devenus si nombreux qu’il est impossible d’en dresser une liste complète. Voici néanmoins une vue d’ensemble de l’importance de la logothérapie et de l’analyse existentielle: Frankl a donné des conférences dans 209 universités réparties sur les 5 continents. La Société médicale des États-Unis (American Medical Society) l’Association psychiatrique des États-Unis (American Psychiatric Association) et l’Association psychologique des États-Unis (American Psychological Association) ont officiellement reconnu que la logothérapie du Dr Frankl est une école de psychothérapie possédant une assise scientifique. Selon la revue American Journal of Psychiatry, l’œuvre de Frankl est peut-être la plus importante contribution intellectuelle depuis Freud et Adler.

Viktor Frankl a été nommé membre honoraire de l’Académie des sciences d’Autriche. Frankl détenait un certificat de vol en solo et un insigne de guide alpin du club alpin Donauland. Trois difficiles sentiers d’escalade (sur les montagnes Rax et Peilstein) portent aujourd’hui son nom.

Trois manières de donner du sens à sa vie

En observant ses compagnons d’infortune dans les camps de concentration, Viktor Frankl a observé trois dimensions principales à travers lesquelles nous donnons du sens à notre vie.

1. À travers une œuvre ou un objectif

Le désir d’atteindre des objectifs à court, moyen et à long terme est garant de sens et de motivation. Les nazis avaient confisqué et détruit un important manuscrit que Frankl avait rédigé.

En se donnant l’objectif de terminer cette œuvre, il a donné du sens à sa vie et nourri son courage face à l’adversité.

2. À travers les relations

Les relations que nous entretenons avec les autres sont source de sens et de bonheur.

Plusieurs prisonniers des camps rêvaient de revoir leur épouse et leurs enfants, et cette idée nourrissait leur désir de vivre malgré les conditions atroces dans lesquelles ils se trouvaient.

3. À travers une vision « transcendante »

Les personnes qui possèdent une vision qui transcende leur existence profitent d’une vie remplie de sens.

Les différentes religions fournissent ce genre de sens pour un grand nombre de personnes, mais une vision importante, comme survivre à l’holocauste pour éviter que des tels événements se reproduisent, joue le même rôle.

************

Le Dieu inconscient

Cet ouvrage, paru en allemand à Vienne en 1948, est constitué de sept chapitres initiaux auxquels se sont ajoutés cinq chapitres liés à ses recherches ultérieures et c’est ce livre augmenté qui a été publié en 2012 dans une nouvelle traduction et une postface de George Elia Sarfati, professeur des universités et président de l’Association française d’analyse existentielle et de logothérapie Viktor Frankl.

Tout en rendant hommage aux travaux « inouïs » de Freud, Frankl définit tout d’abord l’analyse existentielle – la dimension théorique de la logothérapie – en la distinguant de la psychanalyse. Là où cette dernière voit en l’homme un être déterminé par ses pulsions, « l’aspect mécanique d’une entité spirituelle », l’analyse existentielle discerne l’autonomie de l’existence spirituelle et, de ce fait, le caractère fondamental que constitue pour l’homme sa responsabilité. Si pour Freud l’inconscient est en premier lieu un réservoir de pulsions refoulées, le « ça », qui « dépersonnalise, chosifie l’être de l’homme », Frankl intègre dans l’inconscient une dimension spirituelle, ontologique : « le fait d’être conscient, aussi bien que celui d’être responsable, sont et demeurent, au niveau de l’observation psychologique immanente, des problèmes insolubles ». C’est dans l’inconscient spirituel que s’origine la conscience morale, dont Frankl élabore une analyse existentielle (chapitre 3) qui le conduit à l’évidence de la transcendance de cette conscience morale (chapitre 5) : la responsabilité ontologique de l’homme, qui dérive du devoir que lui dicte sa conscience morale (le surmoi), ne peut s’exercer que devant « une instance extra-humaine d’essence personnelle ».

« L’homme irréligieux [pour Frankl, un homme religieux est « un homme qui a trouvé une réponse à la question du sens de la vie »] est tout simplement celui qui méconnaît cette transcendance de la conscience. Car même l’homme irréligieux a une conscience, et lui aussi dispose d’une responsabilité. Simplement il ne s’en enquiert pas davantage, il ne se demande ni envers quoi il est responsabilité, ni d’où vient sa responsabilité. »

La conscience constitue donc un véritable « organe du sens » (chapitre 10) qui permet à chacun, par une forme d’auto compréhension originelle (chapitre 11) d’accéder au sens des situations de sa vie :« toute situation “même lorsque la tragique triade où souffrance, faute, mort se trouvent associés ” est un appel qu’il nous faut écouter, auquel il nous faut obéir ». La conscience constitue aussi le lieu de notre liberté, celle-ci se résumant finalement et essentiellement à « écouter sa conscience ou faire fi de ses avertissements », sachant que c’est le rôle de l’éducation d’« affiner la conscience ».

L’inconscient spirituel se révèle aussi à travers l’interprétation des rêves (chapitre 4) qui met en évidence l’existence d’une religiosité inconsciente, souvent refoulée (chapitre 6). L’auteur ressent alors la nécessité d’éclairer les rapports entre psychothérapie et religion (chapitre 7), et entre logothérapie et théologie (chapitre 8), pour préciser le positionnement souhaitable du médecin dans le cadre d’une assistance spirituelle requise par un patient (chapitre 9). Le dernier chapitre, conférence donnée à Dallas en 1988, s’intitule L’homme à la recherche d’un sens ultime. Il fait un état des lieux spirituel d’une société malade de son vide existentiel (que dirait-il aujourd’hui !) et donne une série d’arguments rationnels incitant à croire en l’existence d’un sens ultime de la vie et de son Créateur unique, présent dans l’inconscient de tout individu.

Frankl a ouvert de nouveaux champs de recherche sur l’inconscient et son ouvrage regorge de raisonnements et de formules percutants. Certes, si la justification théorique de la séparation catégorique qu’il établit entre inconscient psychique, pulsionnel, et inconscient spirituel, ontologique, est pertinente, Frankl ne nous dit pas, dans ces textes en tous cas, comment ces deux dimensions peuvent s’articuler dans la psyché (réactivant en quelque sorte et sous une autre forme le vieux problème du dualisme corps/esprit), comment et pourquoi elles impactent l’orientation spirituelle des uns et anti spirituelle des autres, souvent hors tout choix délibéré de leur part. Certes, on est en droit de se demander comment l’insatiable et insidieuse énergie émanant du ça pourrait être neutralisée ou canalisée par le moi, et permettre ainsi le développement de l’humanité en soi, sans une énergie pulsionnelle de nature opposée, spirituelle (que Bahram Elahi a formalisé à travers ce qu’il appelle le « surça », régi par le principe de plaisir d’ordre surnaturel et qui « s’il reste sain et bien dirigé par le moi, se manifeste au niveau de notre conscient par la foi, l’élan vers le divin, l’amour d’autrui, etc. » (La Voie de la perfection, p. 239)). En outre, si le sens ultime de la vie est d’ordre transcendant et la transcendance d’ordre ontologique en l’homme, Frankl ne nous dit pas non plus quelle est l’utilité de la « descente » ici-bas, dans la matière et la vie psychique. Mais la recherche d’un sens ultime et universel de la vie ne peut en tous cas qu’être avantageusement alimentée par les voies heuristiques qui prennent en considération l’existence d’un inconscient spirituel dans son rapport à une transcendance indépendante de tout particularisme religieux.