Autant apprendre à pêcher au bord d’une baignoire

L’animal, doté du langage et de consciences qu’est l’être humain, peine à vivre dans ce monde sans se poser la question du pourquoi de son existence.
Depuis de millénaires, nos ancêtres se posent cette question existentielle sans réellement l’avoir résolue.

L’humain semble avoir un besoin indéniable de “sens” pour avancer dans la vie.
Cette perte de sens a été appelée “névrose noogène” par le célèbre neuropsychiatre Viktor Frankl qui avait comprit que la perte de “sens” était source d’une réelle souffrance.

Sans rentrer dans une généralisation, il me semble que lorsque je regarde mes concitoyens, je vois un peuple de névrosé enfermé dans la répétition de ses erreurs, ancré dans des
patterns stériles, dans la répétition de ses scénarios de vie et schémas mentaux qui reposent sur des croyances erronées de l’existence. 

Pourtant, Franklin Delano ROOSEVELT disait: “Faites quelque chose et, si ça ne réussit pas, essayez autre chose.”, cette phrase étant même devenue un des postulats de la programmation neuro linguistique, outils d’accompagnement en thérapie et en coaching.

L’humain semble s’obstiner à répondre aux nouveautés de sa vie personnelle, aux changements de société, aux bouleversements du monde par les mêmes recettes éculées sans comprendre que la pensée crée des frontières partout. La chose même qui crée les frontières et les différences ne peut pas être le moyen de combler les différents points de vue. C’est un exercice futile.

Il me semble urgent, indispensable de l’inciter non pas seulement à voir les choses différemment, mais à les faire désormais en fonction d’un autre système de croyances et de valeurs.

Nous devons changer de “cadre de référence”.
Oui, comme disait le célèbre astrophysicien à l’allure d’un papy bienveillant, une icône franco-canadienne de la pensée écologiste Hubert Reeves,  : «L’homme est fou. Il adore un Dieu invisible et détruit une nature visible, inconscient que la Nature qu’il détruit est le Dieu qu’il vénère.» 

Et cette nature ne s’intéresse qu’à deux choses : survivre et se reproduire. Tout ce que vous superposez à cela, tout l’apport culturel, est responsable de la perdition de l’homme.

La réponse à la question du non-changement ne peut être qu’une tautologie : le changement de comportement s’opère par le changement de comportement et il est impossible qu’il en soit autrement. Karasu cite cette phrase d’Epictète : “Pour faire de quelque chose une habitude, faites-la ; pour ne pas en faire une habitude, ne la faites pas ; pour vous défaire d’une habitude, faites-en une autre à la place.”

Les choses sont pourtant simples, c’est la vie qui pousse et qui s’impose, à chaque instant. Le corps n’a pas besoin du monde imaginaire du mental pour vivre, la respiration, le battement du coeur, la circulation du sang se font naturellement sans l’intervention illusoire de notre mental, ce mental qui nous a fait croire à une certaine supériorité sur tout ce qui nous entoure et qui nous a coupé du flux de la vie.

Je suis bien trop rationnelle pour chercher midi à quatorze heures. Mais la rationalité n’implique en rien d’admettre qu’il n’y a rien d’autre à attendre de la vie que ce que l’on vous a fait croire autant dans des dogmes spirituels, dans les théories news-âges ainsi que dans l’organisation d’une société dont la seule valeur est le consumérisme. Il apparaît dangereux et faux de prendre comme un absolu ce que les religions affirme aujourd’hui, alors que ses affirmations d’hier se révèlent insuffisantes et sont même parfois contredites. Par le fait même le croyant, le pieux, le religieux est renvoyé à sa conscience, à son bon sens, à son discernement face à cette bande d’exploiteurs, qui prospère grâce à la crédulité du peuple.
Ce n’est que si vous rejetez tous les chemins que vous pouvez découvrir votre propre chemin.

“Lorsque vous vous dites Indien, Musulman, Chrétien, Européen, ou autre chose, vous êtes violents.
Savez-vous pourquoi ?
C’est parce que vous vous séparez du reste de l’humanité, et cette séparation due à vos croyances, à votre nationalité, à vos traditions, engendre la violence. Celui qui cherche à comprendre la violence n’appartient à aucun pays, à aucune religion, à aucun parti politique, à aucun système particulier. Ce qui lui importe c’est la compréhension totale de l’humanité.” Jiddu Krishnamurti

Le spirituel étant même devenu de nos jours un ensemble de concepts et théories commerciales sans aucun fondement livrées au pouvoir des charlatans dans ce monde capitaliste. Un gourou, un maître, un enseignant spirituel est celui qui vous dit de jeter toutes les béquilles dont on nous a fait croire qu’elles sont essentielles à notre survie.

Le seul sacré est la vie et une révolution pacifique s’impose dans les plus brefs délais. Hubert Reeves disait :

“Je pense que l’humanité n’est pas nécessairement la favorite de la nature, que l’humanité peut très bien disparaître, que nous ne sommes pas une espèce sacrée, qu’il y a eu 10 millions d’espèces animales jusqu’ici, que neuf millions ont été éliminées… On n’est pas l’espèce élue, comme on l’a cru pendant longtemps ; la nature peut très bien se passer de nous. Et elle ne nous éliminera pas ; c’est nous qui pourrions nous éliminer. Et si nous nous éliminons, la nature ne fera pas particulièrement un deuil, mais elle continuera à développer d’autres espèces, en espérant que ces espèces seront plus en mesure de se préserver et de ne pas se détruire.” 

Nous ne sommes pas créés dans un but plus grand que les fourmis qui sont là ou les mouches qui planent autour de nous ou les moustiques qui sucent notre sang. Vouloir croire le contraire est bien là notre problème.

Regardez la nature, elle s’occupe de créer des individus absolument uniques, alors que la culture, la société, les religions ont inventé un moule unique auquel tous doivent se conformer.
C’est l’entourage qui nous fait, nous défait et nous restaure…
C’est grotesque, ça n’a aucun sens !

Pour être heureux, pour être bien portant, pour être en mouvement dans la direction de la vie qui est nôtre, il ne fait ni chercher son sens ni encore moins vouloir lui donner un sens. Il faut s’y laisser tomber, un point c’est tout. Mais cela est indigne, car l’être humain, ce fleuron de la création doit sans cesse, comme disent nos sages, se souvenir d’où il vient et où il va. Dire qu’il est né et qu’il mourra, c’est peut-être cela qui est indigne et qui est mesquin. La vie dont nous sommes quelque temps le porteur, c’est tout de même autre chose et plus grand, voilà le constat que nous transmet François Roustang, le philosophe français, ancien jésuite et ancien psychanalyste, devenu hypnothérapeute.

Aimer la vie, c’est désensabler le puits de notre existence que les tourmentes du désert ont obstrué, afin que l’eau nécessaire soit de nouveau à même de couler.

Le mot de peur revient souvent lorsque quelque visiteur abandonne son système de perception ordinaire pour se laisser envahir par la vie, pour laisser venir à lui une autre manière d’appréhender son existence, pour laisser s’imposer à lui l’immense complexité de la vie.

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